
Elle inonde Genève, une affiche avec un enfant infirme et un texte: «Maladies génétiques? Aucun espoir de guérison par l’expérimentation animale». Le 27 novembre, la Tribune relate que les autorités n’ont pas voulu interdire cette affiche car elle «ne heurte pas les bonnes mœurs». Et pourtant! N’est-ce pas heurter les bonnes mœurs et la dignité humaine que d’obliger les enfants atteints de maladies génétiques et leurs familles à passer chaque jour devant l’annonce de leur condamnation? Et n’est-ce pas heurter les bonnes mœurs que d’afficher comme vérité définitive un tel mensonge? Le respect de la dignité des malades et de leur entourage n’a pas besoin d’être commenté. Que les traitements progressent par le recours à l’expérimentation animale mérite quelques éclaircissements.
Des chercheurs des Facultés des sciences et de médecine de l’Université de Genève sont nommément pris à parti dans d’autres écrits de l’initiateur de cette campagne calomnieuse. Et la cible n’est pas innocente. L’Université de Genève est fière de compter dans ses rangs des équipes de recherche parmi les meilleures du monde. Ce sont ces chercheurs qui font que l’Université de Genève est classée au troisième rang européen des universités généralistes dans le classement publié en septembre par le magazine américain «Newsweek». Les patients et leur entourage doivent savoir que des centaines de chercheurs travaillent ici même à concrétiser les espoirs.
Va-t-on guérir les maladies génétiques? Un scientifique est toujours embarrassé lorsqu’on lui demande de «dire» l’avenir. En effet, l’avenir n’existe pas. La seule démarche est donc d’étudier le passé et le présent pour se projeter dans l’avenir. Par exemple, depuis des millénaires, les astronomes, et bien d’autres, ont noté que le soleil se lève tous les matins. Personne ne peut affirmer qu’il se lèvera de nouveau, mais cette régularité et la connaissance de la mécanique céleste nous permet de prédire sans prendre trop de risques qu’il se lèvera encore demain matin. De même pour les progrès de la science et de la médecine grâce à l’expérimentation animale. Les exemples du passé abondent. Les maladies infectieuses, de la rage à la peste, et de la variole à la polio sont pratiquement éradiquées après avoir fait des morts par millions chez l’homme et, pour certaines ne l’oublions pas, chez les animaux. Chaque fois, les traitements ont été développés grâce à l’expérimentation animale. Les maladies génétiques ne peuvent être guéries formellement puisque la loi interdit de modifier le patrimoine génétique. Néanmoins, elles peuvent être traitées. L’espérance et le confort de vie ont été considérablement augmentés chez les diabétiques et les hémophiles, et chez les victimes de mucoviscidose, de myopathies, et de trisomie 21. Chaque fois, les mécanismes ont été mis en évidence, et les traitements testés chez l’animal.
Est-il conforme à l’éthique d’avoir recours à l’expérimentation animale pour la médecine humaine et vétérinaire? Les chercheurs et l’ensemble de la société sont confrontés à cette question légitime. La réflexion éthique ne s’arrête pas à se demander s’il est acceptable d’«utiliser» des animaux. Dans ce cas la réponse serait non. La vraie question est de se demander aussi ce qui se passerait si on n’avait pas utilisé les animaux. Et là, la réponse est claire: des millions d’enfants et d’adultes ne pourraient être soignés, et l’on reviendrait à l’époque ou un enfant sur deux mourrait dans d’horribles souffrances. Le choix éthique est là. En renonçant à l’expérimentation animale, on renonce à améliorer les traitements. Imaginez le regard d’un enfant gravement malade dans vos bras. Et dites-vous. Vais-je accepter qu’on utilise des souris pour sauver mon enfant?
Bien entendu, cette permission que nous nous accordons au nom du bien-être humain doit s’accompagner de mesures limitant le préjudice aux animaux. La Suisse a des lois parmi les plus sévères au monde de protection des animaux de laboratoire. Diminution du nombre des animaux utilisés, utilisation dans la mesure du possible d’espèces jugées moins sensibles, diminution de la souffrance, utilisation de méthodes alternatives lorsque c’est possible. Chaque chercheur doit justifier de la poursuite de ces objectifs devant les experts et les autorités.
Pour conclure, il suffit de recouvrir le mot «aucun» et de laisser «espoir» pour que cette affiche redevienne honorable. Un conseil qui peut malheureusement conduire son auteur à une condamnation. Je n’ai rien dit !
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